Mr et Mme Très Bien Elevés

Elle s'offre à lui... Il est à elle. Ils sont libertins. Ils ne se gêneront pas pour exciter même les bien-pensants.

06 mars 2008

Sybarite

J'avais treize ans. J'étais en week-end, ou en vacances, car j'avais le temps de prendre un bain. Il faisait froid, et j'avais envie d'être en été: quoi de mieux pour y rêver que d'essayer des tenues estivales? J'avais trouvé un maillot de bain ayant appartenu à ma mère dans sa jeunesse, et je décidai de l'essayer dans la salle de bains, ayant besoin d'eau pour jouer à la naïade et imprimer au tissu le délicat motif de mes courbes presque formées.
Impatiente, je l'enfilai dans la baignoire où l'eau coulait, et pris la douchette pour bien tremper le maillot un peu lâche: l'élasticité n'était pas formidable, mais quelle capacité de moulage! Il ne dissimulait rien! La transparence dévoilait les plus petits détails des aréoles de mes seins, et sculptait les pleins et les déliés de mes lèvres... Audacieuse tenue! L'excitation pointait, en même temps que la terrible pudeur à l'idée de m'exhiber ainsi devant les yeux carnassiers des hommes âgés qui ne manquaient jamais de détailler mes passages de la mer à la douche... Ah, ils banderaient, s'ils pouvaient me voir ainsi déshabillée! Comment était-ce vraiment pour un homme, de bander? Et la femme, comment est-ce qu'elle le ressentait? J'avais dans ma main un pommeau de douche giclant, éjaculant de l'eau tiède.
Ejaculant de l'eau tiède. Ejaculant de l'eau tiède. Le pommeau était solide, comme une bite en érection. Cela m'excitait de penser en termes de bite, de chatte et de cul. Lire ces mots était un accomplissement sexuel qui appelait d'autres assouvissements. J'en étais au point où les mots ne suffisaient plus à ma curiosité: j'avais fait le tour des connotations, il me fallait désormais en tester la sensualité. L'excitation me dictait cette résolution. La curiosité de savoir enfin pourquoi on faisait tout un foin de ces mots abstraits: orgasme, plaisir, jouissance: qu'y avait-il derrière cela? Etait-ce vraiment désirable dans les faits? Je devais le tester par-moi même pour ensuite, éventuellement, décider de m'y livrer.
Le pommeau était solide, donc. Je le glissais à l'intérieur du maillot, au niveau de mon sexe. Pfiouuuchhh! L'eau gicla en tous sens. Bon. Je résolus d'ôter le maillot, pour éviter contorsions et éclaboussures, et ne pas prendre froid: il me collait toujours à la peau, et il ne faisait pas très chaud... Je frottai le pommeau contre mes lèvres, de façon frénétique, à la vitesse constatée dans les extraits de films à caractère porno-éducatif que l'on nous avait montrés en biologie. La friction était douloureuse, et en aucun cas porteuse de plaisir. Je m'allongeai alors dans la baignoire à moitié remplie d'eau, et collai le pommeau de douche à mon sexe, sous l'eau, comptant amoindrir la force de la pression de la douche. C'était plutôt agréable, une sorte de bain bouillonnant sur le sexe. Merde. Un choc électrique.
Mais, il y a de l'électricité dans les pommeaux de douche? Ca me paraît bizarre. Merde. Un autre. Affolée, je ferme le robinet d'eau. Je vais m'électrocuter. Mais non. Mais c'est quoi sinon? Je retente une dernière fois, pour savoir. C'est insupportable, cette électricité. En plus, je pense à ma prof de français, sans raison. Quel est ce parasitage? Il est pénible. Mon ressenti est étrange. Je ne maîtrise rien. Je suis dans un état d'esprit très particulier, capricieux, un de ceux dans lesquels je ne comprends pas mes désirs et mes frustrations. Je convulse, ou quelque chose comme ça. C'est incompréhensible. Pourquoi mon sexe réagit-il de cette façon? Pourquoi est-ce si sensible? Ce n'est pas censé faire ça. Ce n'est pas mon vagin, c'est l'entrée. Ce ne serait pas un orgasme, par hasard? Mais non, les orgasmes, c'est pendant les pénétrations, je ne me suis rien pénétré du tout, là. Ce serait quoi d'autre, alors? Peut-être bien ça. Je regarderai dans mon dictionnaire. Mais pourquoi là, sur cette zone? Qu'est-ce que c'est que ce machin-là? Bon. Faut que je me renseigne.

Le dictionnaire m'a appris l'existence du clitoris, et de l'orgasme clitoridien. Je ne remercierai jamais assez ce bon vieux Robert.

Ce qui est vraiment très drôle, c'est que je crois que j'ai eu à ce moment-là la même impression de ressentis étranges et incompréhensibles, de sensations douces-amères puissantes mais floues, impossibles à définir, que lorsqu'un homme m'a pénétrée pour la première fois. Je lui ai dit avoir eu l'impression de mettre les pieds dans un plaisir très étrange, trop adulte pour moi, comme si j'enfilais les chaussures de ma mère.
La première fois que j'ai découvert le plaisir, j'avais enfilé le maillot de bain de ma mère. Ahahh! Je viens de découvrir ce parallèle. Fascinant.

Moralité: il est plus facile d'enfiler un maillot de bain que des talons aiguille.

Posté par For_him à 18:21 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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